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Clos des Lambrays

Songe d’un jour à Nuits…

Nuitonnes et Nuitons

sont peu nombreux lorsque j’arpente leurs climats (pas le temps, les parcelles de vignes). Peut-être préfèrent-ils déambuler nuitamment, ces noctambules ? Pourtant le climat (le vrai, cette fois) est fort clément ce jour, et les Vosniers (pas le cépage, les habitants de Vosne-Romanée), peut-être se punissent-ils de s’abstraire aux bienfaits des rayons d’un soleil inhabituel en cette Côte qui n’a d’Or que le nom – quoique, la terre aussi, nul ne le nie à Nuits !

Alors que j’aperçois

un Gibriaçois, et bien avant de croiser un Marsouin, je m’abîme dans la contemplation de la lianne Costalorienne. Mais le temps passe, et l’heure approche ; je décide donc de rejoindre sagement les Morétains (habitants de Morey-Saint-Denis), alias “les loups”, car jadis dévoreurs d’une vache fugueuse de Saint-Philibert le village voisin.

Je me sens un peu comme une brebis, lorsque je me retrouve face au

Clos des Lambrays.

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J’ai rendez-vous

avec Jacques Devauges, le nouveau régisseur du Clos. Un grand homme du vin. Monsieur Devauges a fait ses armes au domaine de l’Arlot ; rien que cela, oui… Mais pas seulement. Oh non ! Il s’est ensuite énamouré du Clos de Tart, et pas si tard il y composait encore ! En attendant ce monsieur qui ne saurait donc être ponctuel (…), je me pâme à observer le jardin des Lambrays, qui caresse mes yeux paisiblement et me plonge dans les limbes d’une poésie intérieure.

Monsieur Devauges m’arrache soudain à ma rêverie, avec un peu de cruauté nonchalante, et beaucoup de classe naturelle. Les présentations d’usage débarrassées, mon hôte m’annonce, grave et sibyllin, non dénué d’une certaine mansuétude :

“allons déguster dans le chai”.

“Môssieur”,

réponds-je, “je ne saurais vous apparaître malplaisant, et bien que l’idée de goûter les vins mythiques des Lambrays me désoblige quelque peu, je consentirai à l’ahan de vous suivre toujours plus volontiers qu’à l’immolation” (en réalité, et pour une transparence totale, ça je ne lui ai pas dit).

Tandis que posément je me précipite à la suite de monsieur Devauges, nouveau régisseur du Clos des Lambrays, il me faut faire preuve de concentration et invoquer ma capacité – ardemment mise à l’épreuve – à paraître impassible ou presque, devant les perspectives. Je vais déguster le Grand Cru !

Le Clos des Lambrays

est enchanté ; miscellanées d’histoire et de contemporanéité. Un lieu culte qui invite à la prière ; d’ailleurs nous prions Monsieur Devauges d’emplir nos calices, puis de prononcer l’homélie.

Mes yeux brillent un temps puis se ferment, contraints par les sens. Les vins effleurent les cieux, effeuillent ce que l’on croyait connaître, étiolent les défenses émotionnelles, émeuvent les plus farouches, et impriment aux souvenirs une graphie sensorielle indélébile. Leur délicatesse n’a d’égale que la symphonie aromatique qui se joue dans les bouches subjuguées. Les pinots noirs murmurent l’extraction parfaite ; une infinie douceur cache une matière noble et dense, la longueur transporte vers des rivages où la bruine et les vagues mélodieuses étreignent… 

Lorsque j’ouvre les yeux, rien n’a changé – pourtant, je ne serai plus jamais tout à fait le même.

Voilà à quoi ressemble ou devrait ressembler un Grand Cru ; une partition suspendue dans l’éternité.

Lien vers le site du Clos des Lambrays

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